Pradipta Banerjee

Retour vers soi/

Opératrice de marché, Pradipta Banerjee a acheté et vendu des semi-conducteurs pendant 20 ans, entraînée par la fièvre des actions qui montent et descendent. Aujourd’hui, elle est professeur de yoga. Repentie et apaisée. Une rencontre lumineuse.

Pradipta me reçoit dans sa maison. La douceur de cet automne balbutiant et lumineux nous enveloppe d’une atmosphère particulière. À moins que ce ne soit la présence de Pradipta qui diffuse chaleureusement ses ondes. Originaire de la région du Darjeeling où sa famille cultive le thé, Pradipta a 24 ans lorsqu’elle quitte son pays pour s’installer en France. Une histoire aussi étonnante qu’improbable…

Prospectives

Pradipta (Lumière en hindi) a rencontré son futur mari en 1995, tout juste diplômée d’une maîtrise en droit international et prospective financière à l’Université de Jadavpur. « Philippe était un étudiant français en stage dans l’entreprise qui gérait le métro de la ville de Calcutta, raconte-t-elle. Il m’a demandé de rentrer avec lui en France. L’Inde étant un pays très traditionnel, je devais auparavant me marier. » Pradipta a appris le français, et la perspective du déracinement ne l’inquiéte pas vraiment.

Retraite

À l’époque, Pradipta a une passion, le Bharata natyam, danse classique indienne originaire du sud de l’Inde, qu’elle pratique depuis l’âge de 5 ans. « En Inde, l’enseignement de la danse est indissociable du yoga. À 15 ans, j’ai rejoint pendant un mois la traditionnelle école de yoga de Mongyer, qui prépare les ascètes.» Bien qu’hindoue, Pradipta a été scolarisée dans une école chrétienne. « Je trouvais alors les sœurs très rigides et sans compassion, reprend Pradipta. Cette retraite(1) à Mongyer a bouleversé ma vision de la vie. J’y ai pratiqué un yoga très philosophique, au-delà des postures, qui m’a ouvert de nombreuses perspectives. Depuis, j’y retourne régulièrement.»

Expatriation

Fraîchement mariée, Pradipta arrive en région parisienne au milieu des années 90. « Je ne connaissais personne et la vie quotidienne était difficile. Philippe travaillait toute la journée et j’étais très seule. J’ai décidé de reprendre mes études afin d’obtenir une équivalence de mes diplômes indiens. » Lorsque Pradipta fait sa rentrée à l’Université Descartes Paris V en septembre 1996, sa fille vient de naître.

Chaînes

« J’ai obtenu mon DEA de prospective internationale en juin 1997. Je suis aussitôt embauchée dans une société de trading. » Pradipta prend en charge le marché des semi-conducteurs. « Ma mission : me projeter dans le futur pour découvrir le client susceptible de faire gagner le plus d’argent à ma société. C’est un métier de fou qui vous entraîne dans un cercle vicieux : un contrat ne suffit pas, il vous en faut oujours un autre, puis un autre… Je ne m’apercevais pas que je ne voyais plus ma famille. Tout s’enchaînait et je m’enchaînais. J’arrivais à 7 h au bureau, je partais à 22 h. Mais nous réalisions des profits monstrueux.»

Re-sources

Philippe est souvent en déplacement à l’étranger. Leur fille grandit entre la garderie scolaire et les nounous le soir. « Maintenant je culpabilise mais à l’époque je ne me suis aperçue de rien», soupire Pradipta. Son fils naît en 2007, l’année où son mari a l’opportunité de partir travailler à New Delhi. Pradipta est heureuse de faire le chemin inverse pour retrouver un temps ses racines.

La seule chose constante dans la vie, c’est le changement.

« C’était encore un grand changement. Je me suis demandé ce que j’allais faire. J’ai postulé à l’Ambassade de France et ai obtenu un poste de visa officer. C’était très administratif mais je rentrais chez moi à 17 h et profitais de ma famille. J’ai découvert ce que signifie avoir du temps. J’en ai profité pour me former au massage ayurvédique. »

Reconversion

En 2012, la famille revient en France. «La crise de 2008 avait vu fuir à l’étranger les sociétés avec lesquelles je travaillais avant mon départ. C’était l’occasion de faire autre chose : mon fils venait d’avoir cinq ans, je voulais m’en occuper mieux que je ne l’avais fait avec ma fille. » S’apercevant qu’elle a un diplôme de yoga, sa conseillère Pôle Emploi lui suggère de donner des cours. « Je n’y avais jamais pensé !, s’exclame Pradipta. Pourtant, j’ai toujours trouvé le temps pour pratiquer. Mon entourage reste pourtant perplexe : c’est tellement éloigné de ce que je faisais. J’ai réfléchi et je me suis dit que je pourrais ainsi m’occuper de mon fils. » Pradipta s’inscrit à plusieurs cours pour appréhender l’enseignement du yoga en France « Soit les professeurs n’expliquaient pas les postures, soit ils faisaient l’impasse sur la respiration. Ça a conforté ma décision : j’avais quelque chose à apporter. »

Partage

Pradipta commence par dispenser un cours de yoga global le dimanche matin, puis propose du yoga Nidra. « Je donne aussi maintenant des cours de yoga Ashtanga.» Longtemps au second plan, la passion de Pradipta devient à nouveau une priorité. « Le yoga aujourd’hui c’est ma vie. Je le pratique dans le partage. C’est une connaissance de soi au premier sens du terme, une union entre le souffle, le mental, l’univers. »

En France, il faut produire, sinon nous ne sommes rien.

Comment explique-t-elle son détour par les marchés ? « Je ne me l’explique pas. Mais je me souviens que tout le monde me trouvait très calme pour un trader. En fait, le yoga m’habite depuis toujours. » Les racines hindoues de Pradipta ont aussi bien sûr leur part dans son choix de vie. « En Inde, l’ambiance générale est très différente, l’argent n’est pas un moteur. Ici, tout le monde s’agite, s’auto accélère pour avoir toujours plus.  J’ai participé à ce cirque, sans jamais me remettre en question. Je ne voyais pas que je me faisais du mal.»

Énergie

Audacieuse et ambitieuse, Pradipta propose aussi maintenant des séances de méditation, ainsi que des massages ayurvédiques.  Son projet ? Créer un lieu à elle pour accueillir ses cours, ainsi qu’un atelier de cuisine ayurvédique. « Mes revenus sont aujourd’hui dérisoires par rapport à mon salaire de trader. Mais il faut savoir ce qu’on recherche dans la vie. Et pour cela, il faut apprendre à lâcher prise : c’est ce que le yoga enseigne. »

  • Ashram, en hindi.

    Et si ça ne marche pas ?

« Ce qui peut t’angoisser aujourd’hui, tu ne t’en souviendras plus dans un an. Quand tu vas vers quelque chose, l’univers aussi conspire pour que tu ailles dans ce sens. Tout est énergie. »

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