Marylène Magnaud

Éveiller les consciences/

Sortir de son cocon pour désapprouver notre environnement économique et social, telle est la courageuse entreprise de Marylène Magnaud, 34 ans, à la tête de Wylde.

Depuis 2016, alors que rien ne la prédestinait à devenir une chef d’entreprise dans le milieu de la mode, Marylène Magnaud s’investit à 100% dans Wylde, une marque de vêtements tendance Made in France dont les matières premières sont issues du recyclage. Elle s’est juste autorisée une pause de quelques mois, le temps de faire un enfant.

Culture

Après un Master Pro conduite de projets culturels à Villetaneuse (93), Marylène a travaillé pendant dix ans dans la communication institutionnelle de théâtres auprès de collectivités comme Saint-Quentin-en-Yvelines, Guyancourt, Enghien-les-Bains… « J’ai découvert le jazz, la musique classique, la danse contemporaine…, raconte Marylène. Ce que j’aimais, c’était faire vivre un lieu public et créer des rencontres avec les artistes, laisser trainer mon oreille dans les coulisses des festivals et saisir l’essence d’un projet afin de pouvoir ensuite le diffuser. Mais j’étais aussi prise en étau entre le rythme de la culture et les humeurs des élus. » Un jour, elle en eut assez de gérer les problèmes des uns et des autres, de faire des choses qu’elle jugeait absurdes. En janvier 2015, elle décide de quitter le salariat : « Je voulais être dans le faire et non dans la vitrine. Surtout, je n’avais plus envie d’obéir !»

Économie sociale et solidaire

Marylène n’a alors aucune idée précise de ce qu’elle veut faire. Elle sent seulement qu’elle doit réinventer sa vie professionnelle et que ses valeurs se rapprochent de l’économie sociale et solidaire. Au départ, elle pense créer avec des amies un tiers lieu associant bien-être et solidarité et suit une formation en aromathérapie. Puis elle enchaîne avec une formation écriture financière où elle rencontre Clarissa Acario, styliste brésilienne qui travaille sur des vêtements de deuxième main. Elles ont toutes les deux trente et un ans et partagent la même volonté d’entreprise, simple, libre, brute, en accord avec leurs convictions communes : le secteur du textile – deuxième secteur le plus polluant au monde – étant une catastrophe humaine et écologique, il est urgent de faire des vêtements sans surproduire, en alliant développement durable et économie responsable. Marylène pousse Clarissa à aller plus loin : fabriquer les vêtements en France à partir de matières premières recyclées. Pour mener à bien l’ambitieux projet, elles s’associent en 2016. Wylde était né.

Made in France

Pour défendre les valeurs et engagements cohérents et vertueux de la marque, les deux associées ont édité une charte à destination de leurs partenaires. Les déchets textiles et plastiques constituent la base de nouvelles matières. Les innovations en matière de recyclage et de fabrication de fils, notamment avec le polyester recyclé, permettent désormais de réaliser des tissages de grande qualité, très variés : denim, popeline, sergé, etc.

Fabriquer en France, c’est soutenir la transmission de ces métiers d’excellence et préserver le savoir-faire local. 

Les tissus de Wilde suivent quatre étapes : le tri des déchets textiles, en partenariat avec Points Relais, la transformation des déchets en fibre de coton (défibrage), la filature et le tissage. Filateurs, tisseurs et tricoteurs, sont installés en France. « Le denim et la popeline sont aussi fabriqués en France dans le respect des normes environnementales, précise Marylène. Nous payons 14 euros le mètre carré de denim. C’est très cher par rapport à ce qu’on trouve en Turquie mais là bas, c’est plus polluant

Exigence

Les tissus arrivent dans les bureaux de Wylde, à Cormeilles-en-Parisis (95). La coupe, le montage et l’assemblage des pièces sont réalisés dans deux ateliers de confection en Ile-de-France. Même les boutons des chemises sont en matières recyclées et fabriqués selon des procédés écologiques par une maison fondée en 1874 et installée dans le sud de la France. Produits haut de gamme et respectueux de l’environnement, finitions soignées avec des coutures anglaises, coupes stylées et pointues,… Wylde propose une autre manière d’appréhender la mode. Et ça plait : elle est aujourd’hui présente sur des Market Place et des corners dans trois boutiques en France.

Doutes

Communication, relation presse, développement commercial, Marylène porte plusieurs casquettes au sein de Wylde et ne se retourne pas sur son passé de communicante culturelle. « Je suis fière du travail réalisé, affirme-t-elle. Mais aujourd’hui, nous doutons de notre business model. Nous sommes confrontées à un dilemme : le prix de revient de nos confections est trop élevé mais nous voulons rester fidèles à nos exigences et ne souhaitons pas acheter nos matières premières en dehors des frontières françaises. L’esprit de Wylde, c’est le Made in France. »

Valeur

Depuis qu’elle est chef d’entreprise, Marylène a revu sa valeur travail. « Nous sommes peu à défendre un mode de production éthique. La mode éthique est un monde bienveillant mais c’est un micro milieu et il s’agit aujourd’hui de réussir à intégrer la mode de manière générale. C’est toute la valeur de mon travail . Si nous parvenons à entraîner du monde derrière nous et à changer l’image de ce secteur, ce sera énorme. » Comme le colibri, Marylène fait sa part du mieux possible. Le résultat se verra sur le long terme. « Je n’ai pas envie que mon enfant soit malade parce qu’on a flingué la planète. »