Antoine Gastellier

Un vélo et un expresso, s’il vous plaît !/

Qu’est-ce qui fait courir Antoine ? Ou plutôt qu’est-ce qui le fait rouler ? Les vélos, pardi ! À un point tel qu’il met pour l’instant de côté sa profession de scénographe pour se consacrer à ses bécanes.

« Le projet a commencé dans mon salon, raconte Antoine. Par pur plaisir, je réparais des vélos. » La passion est apparue quand il était enfant mais il attendra d’avoir 40 ans pour y consacrer ses loisirs, puis tout son temps. Pour patienter, Antoine a fait des études de designer industriel avant de travailler dans l’événementiel. « D’abord pour un cabinet d’architectes où nous mettions en scène des expositions, notamment pour des constructeurs automobiles, explique-t-il. Suite à un appel d’offres perdu pour Renault, l’agence s’est retrouvée en déficit et j’en suis parti. J’ai alors travaillé en free lance pour Havas, Publicis… ».  Indépendant, il souffre de ne plus voir les gens tandis que dans sa tête, son projet de vélo tourne de plus en plus vite…

 Formation

Il décide alors de débuter une formation de technicien cycle où il rencontre un couple qui créait un vélo bar à Nantes. « Malheureusement, leur concept n’a pas marché, reprend-il. Je me suis aperçu qu’être technicien vélo, cela ne s’inventait pas. Il faut être un mécanicien dans l’âme et avoir une vraie culture de l’aluminium, des matériaux,… » Ce constat interroge Antoine sur le sens de sa formation et de son projet.  « J’avais envie de créer un lieu alliant mes compétences professionnelles et ma passion. Cela ne m’intéressait pas d’avoir simplement un magasin de cycles. »

Pantin

Il sillonne les rues de la capitale à la recherche d’un endroit qui accueillerait ce lieu. En 2016, il trouve un local de 80 m2 dans une zone en friche à Pantin (Seine-Saint-Denis), au bord du canal, un lieu excentré mais bucolique, à deux pas de Paris. « Cela me plaisait de sortir de Paris car la concurrence y est rude. Et j’ai eu la chance d’être accompagné dans mon projet par la mairie de Pantin. »  Le quartier est en pleine expansion, porté par les projets dynamiques des grandes entreprises qui s’installent tout autour. Antoine veut y croire. Il dessine les plans de son futur lieu, se fait livrer du bois et aménage l’endroit pendant l’année 2017. En 2018, la boutique-atelier-café ouvre ses portes.

Accessoires

Selles, chaussettes, casques, pin’s, sonnettes, mais aussi cadenas, freins, gourdes, tendeur, tee-shirts, autocollants, lunettes de soleil… Aux bécanes d’Antoine, la bicyclette est reine : on trouve tout pour le vélo et sur le vélo. Des petites tables vous accueillent pour consulter un livre sur le cyclisme en sirotant un café ou une bière de Pantin (Antoine a obtenu la licence II pour son bar). Vous pouvez aussi y déguster des rillettes ou des sablés, certifiés 100 % locaux eux-aussi, en attendant qu’on répare votre roue ou améliore les réglages de votre nouvelle monture.

Mécanique

Car le commerce d’Antoine reste la vente, neuf ou d’occasion, ou la location de vélos, ainsi que leur réparation dans le petit atelier attenant où s’affaire un autre passionné, Franck, le chef d’atelier. « Je l’ai très vite salarié car c’est lui qui a les compétences de technicien cycle, déclare Antoine. Les clients le savent, certains viennent de province pour lui confier leur bécane, le temps d’une course dans le quartier, ou d’un café sur la terrasse. » Et pour attirer du monde dans sa boutique, Antoine utilise ses compétences dans l’événementiel afin de créer des manifestations autour du vélo. Il a notamment participé à l’organisation de la course Classic Challenge qui passait devant sa boutique. « Cela ne me rapporte rien mais cela draine du monde et participe à me faire connaître. »

Association

L’activité se met en place. Doucement. « 2019 sera l’année du bilan, explique Antoine. Nous avons enregistré un bon chiffre d’affaires en 2018, mais le bilan était négatif. C’est un commerce à risque pour les banques. »

À Pantin, où 27 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où 45 % des habitations sont des logements sociaux, les marges réservées au petit commerce sont minces : « Je paie environ 500 euros d’impôts par mois en tant que commerçant. Moins taxées et subventionnées, les associations peuvent mieux s’en sortir. Alors peut-être que je créerai une association Vélo & Expresso….»

Conseil

Aux taxes, il faut ajouter la concurrence d’Internet. « Avec Amazon Prime, les gens peuvent être livrés dans l’après-midi, reprend Antoine. Nous, nous avons besoin de 4 jours. »  Pour lutter, Les bécanes d’Antoine mise sur le service et le conseil. Ici, chaque client est accueilli et écouté, un dossier est constitué afin de permettre le suivi de chaque engin déposé. « Lorsqu’un client vient acheter un vélo, neuf ou d’occasion, nous lui demandons comment il va l’utiliser. C’est important que nos clients achètent un vélo adapté à leurs besoins et habitudes. D’occasion, un vélo sûr et confortable revient au moins à 200 euros. Cela nous arrive de dire que le vélo qu’ils veulent, on ne l’a pas. »

Un bon vélo pour un usage quotidien, c’est 450 euros neuf. Décathlon, c’est la cause des galères de tous les marchands de vélo. Pour faire des économies, ils sous dimensionnent les accessoires.

Ici, on n’est pas chez Google et on n’hésite pas à aller contre les réputations. « Un jour, quelqu’un est venu me voir avec son vélo déglingué. Le montant des réparations s’élevait à 65 euros. Il m’a dit que j’étais trop cher et est parti chez Décathlon. Il est revenu deux jours plus tard me disant que la grande surface lui proposait le même prix mais qu’elle ne voulait pas le faire. »

Communication

Antoine a conscience d’avoir peaufiner le lieu et l’accueil plutôt que la publicité et la communication : « Je communique sur Facebook et Instagram, mais ce n’est pas mon univers», reconnait-il,  la tête dans le guidon, plus préoccupé par ce qui pourrait faire plaisir à ses clients. Il nous montre un joli petit vélo d’enfant rouge, très vintage, dans sa vitrine : « Il a été fabriqué à Pantin dans les années 50. Nous l’avons remis à neuf et il va partir pour une présentation pour la marque Aigle. La restauration de vélo d’enfants anciens intéresse le public : c’est une voie qu’on va suivre.»

En attendant, quelques habitués ont pris leurs habitudes. S’ils ne viennent pas pour faire réparer leur vélo, en acheter ou en louer un, ils se retrouvent autour d’un café ou d’un chocolat chaud. « Cela ne fait pas tourner la boutique mais cela crée une ambiance conviviale. Le nerf de la guerre reste la mécanique : lorsqu’on vient spécialement nous voir avec un vélo de course abîmé, nous sommes très flattés», conclut Antoine.

 

 

Et si ça ne marche pas ?

La question est plutôt : est ce que ça marchera au point que je puisse arrêter la scénographie ?

Les bécanes d’Antoine, 15 Mail Hélène Brion, 93 500 Pantin.

antoine@lesbecanesdantoine.com – Tel : 01 41 71 76 44

https://www.facebook.com/lesbecanesdantoine/